L’IA s’invite en entretien : deal with it.
Opinion : Audrey Athimon, HR & Ops Manager chez Breega
Depuis 5 ans, je fais passer une dizaine entretiens par semaine pour aider les startups de notre portfolio à construire la meilleure équipe possible. Aujourd’hui, je vois émerger une nouvelle tendance : l’utilisation de conversational co-pilot en temps réel, capables de souffler des réponses en live aux candidats.
Soyons clairs : les professionnel·le·s du recrutement de ma génération détectent très vite ce type d’assistance. Regard très mobile, langage anormalement soutenu, réponses trop bien construites, reflets suspects dans les lunettes… La liste est longue et surtout, je ne suis pas dupe : j’ai moi aussi fait mes premiers pas dans le monde du travail en même temps que l’émergence de l’IA. Je vois passer ces outils, je les teste, je les utilise.
Je mentirais donc en disant que c’est une aberration. Pour être honnête, je n’ai pas de biais négatif sur un candidat qui utilise l’IA en entretien. Ces outils font partie de leur environnement de travail, alors pourquoi les interdire ? Ce sont les nouvelles règles du jeu. On n’a pas arrêter d’apprendre à faire des opérations mathématiques lorsque la calculette est arrivée dans tous les cartables. Le vrai sujet, ce n’est pas l’usage de l’IA, c’est l’intention derrière son usage. Durant ce mois, j’ai rencontré plusieurs candidat·e·s qui utilisaient l’IA en entretien. Déjà, je les ai tous démasqué. Et surtout, je ne les ai pas tous fait passer en deuxième étape. Celles et ceux qui lisent mot pour mot des phrases générées par une IA, sans recul ni adaptation, c’est rédhibitoire. En revanche, celles et ceux qui utilisent des notes en support, sélectionnent les idées qu’ils comprennent et les mettent en perspective ont bien plus de chances de passer à l’étape suivante. En entretien, je ne cherche pas que des réponses correctes. Je cherche de la réflexion, une vraie compréhension de la startup pour laquelle on se parle, la capacité à dire « je ne sais pas »,… L’authenticité, ça se voit et surtout, ça compte.
Un petit mot pour mes candidat·e·s : utilisez l’IA, vous avez bien raison et vous auriez tord de vous en priver. Mais faites-le à condition qu’elle vienne soutenir votre réflexion, pas la remplacer. Sinon, la période d’essai risque d’en révéler les limites.
C’est un vrai confort de faire un entretien sans avoir à assurer la prise de notes (merci Modjo). Alors, pour les recruteur·se·s, les managers et tous ceux qui doutent encore : n’ayez pas peur de l’IA. Prenez le temps de bien cadrer votre process de recrutement pour évaluer ce qui compte vraiment. Et si vous utilisez des cas pratiques, privilégiez les formats à faire en live : l’IA ne pourra pas tout faire à la place du/de la candidat·e.
⚠️ Petit rappel légal : toute personne utilisant de l’IA en entretien est censée en informer ses interlocuteurs, notamment pour des raisons de conformité RGPD.
